Économie

La base aéronautique de Landivisiau : les marins du ciel - Article

Publié le 5.06.2026
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PUBLICATION ADEUPa

La base aéronautique de Landivisiau : les marins du ciel - Article

Interview du commandant Yvan Launay, capitaine de vaisseau, commandant l’aéronautique navale de Landivisiau

Avec près de 1 800 emplois, la base aéronautique navale de Landivisiau est un acteur économique majeur du pays de Morlaix. Yvan Launay revient sur le rôle essentiel de ce site militaire dans le cadre de notre dernier Observatoire de l'économie du pays de Morlaix.

Vous êtes marin… mais vous volez. Comment définir votre position ? 

On est effectivement dans la Marine nationale, même si notre environnement est aérien. C’est toute la particularité de l’aéronautique navale : nous sommes avant tout des marins, des marins du ciel. Notre spécificité est unique en Europe : nous sommes les seuls capables de mettre en œuvre des avions de chasses (Rafale Marine) depuis un porte-avions à catapulte et brins d’arrêt et, surtout, de s’y poser. 

Quel est le rôle stratégique de la base de Landivisiau ? 

La base a été implantée en 1965, sous l’impulsion du général de Gaulle, à une époque où les porte-avions étaient encore rattachés au port de Brest. Il fallait une base d’entraînement proche. À l’époque déjà, l’arc de crise prioritaire se situait plutôt au Proche et au Moyen-Orient, ce qui explique que le porte-avions Charles de Gaulle soit désormais basé à Toulon. C’est un instrument de puissance et de diplomatie : 42 000 tonnes capables de peser sur l’équilibre international. Dans un contexte où le dialogue entre États est de moins en moins consensuel, il permet de montrer que la France est un acteur majeur, capable de défendre ses intérêts. C’est aussi un élément clé de la dissuasion nucléaire. La France est la seule nation à disposer d’un tel outil : la capacité de mise en œuvre nucléaire depuis le porte-avions. Lorsqu’on prépare nos effectifs à se déployer en mission sur un porte-avions, nous devons préparer à la fois les corps et les esprits. L’engagement est total et les exigences sont élevées. Nous évoluons dans une logique de niche, avec des compétences très pointues. Cela implique des effectifs spécialisés, mais en nombre limité. Derrière chaque pilote, il y a toute une chaîne de compétences. 

Combien d’emplois représentent la BAN et quels types de métiers peut-on y trouver ? 

La base compte environ 1 800 personnes, en incluant également des partenaires civils et des acteurs locaux. Nous assurons, grâce aux techniciens aéronautiques, la maintenance des aéronefs, notamment via des opérations de rétrofit. Les Rafale Marine nécessitent des interventions régulières pour lutter contre des phénomènes comme la corrosion par exemple. Nous possédons également un banc d’essai pour les réacteurs M88, utilisé avec du personnel civil spécialisé. C’est une compétence très pointue, au cœur de notre activité. De plus, nous disposons d’infrastructures importantes : 155 bâtiments sur 380 hectares. Une diversité d’entreprises locales, notamment du BTP, intervient pour entretenir le site. Par ailleurs, en matière de logistique, la base est une véritable petite ville. Nous disposons d’un dépôt d’essence pour nos avions, de services de restauration, d’habillement, de pompiers, d’une unité cynophile donc de services vétérinaires… Nous assurons l’ensemble du soutien nécessaire à l’activité opérationnelle. La sécurité est également un enjeu important : protection des infrastructures, lutte anti-drone, contrôle des accès… 

D’où viennent les marins de la BAN ? Ont-ils tous des attaches bretonnes ? 

Les marins ne sont pas nécessairement bretons à l’origine, mais ils le deviennent souvent. Beaucoup font une grande partie de leur carrière ici et s’ancrent durablement dans la région. Certains y restent même après leur service. En arrivant, ils investissent le territoire et résident souvent entre Brest et Morlaix, mais aussi plus largement partout dans le Finistère. Cela génère une activité économique diffuse pour l’ensemble du territoire. 

Qu’en est-il des relations avec le monde civil et la formation ? 

Il existe avec le secteur aéronautique civil. Même si ces relations sont aujourd’hui moins visibles suite à certaines restructurations, des passerelles subsistent. Nous travaillons aussi avec des établissements comme le lycée Tristan-Corbière à Morlaix, en accueillant des stagiaires et en soutenant les formations. L’objectif est également de préparer nos futurs recrutements. Nous accueillons donc volontiers des élèves de 3e et de seconde mais également en bac professionnel ou en études supérieures dans le cadre d’une alternance. Au vu de la diversité de nos métiers et missions, ils n’ont pas le temps de s’ennuyer lors de leur stage de découverte. 

Le recrutement est-il un défi aujourd’hui ? 

Le contexte démographique est tendu, avec une baisse du nombre de jeunes attendue d’ici 2035. Or, nos métiers exigent des compétences techniques élevées et une forte résilience. Au regard de notre mission, nous devons maintenir un niveau d’exigence élevé, indispensable à sa réussite. La Marine nationale recrute environ 4 000 personnes par an en France : c’est un défi permanent. Nous insistons également beaucoup sur la préparation physique. Environ 30 % des élèves rencontrent des difficultés, souvent liées à des exigences sous-estimées. Il y a donc un important travail d’accompagnement.

Propos recueillis par Lucie Bianic, chargée d'études économie à l'Adeupa

La base aéronautique de Landivisiau : les marins du ciel - Article
Type de document
Article
Organisme(s)
Date de publication
2026/07
diffusion
grand public