Publié le 2.03.2026 Article PUBLICATION ADEUPa Biodiversité et changement climatique : quelles interactions, quels leviers d'actions ? - Article Interview de Sébastien Gallet, écologue Maître de conférences en écologie à l'Université de Bretagne occidentale (UBO), Sébastien Gallet est spécialiste en ingénierie écologique et en restauration de l’environnement. Le 9 mars dernier, il est intervenu dans le cadre de l’observatoire de l’environnement de l’Adeupa pour présenter à nos membres les conséquences du changement climatique sur la biodiversité et les moyens d'actions des collectivités territoriales.Les interactions entre biodiversité et changement climatique sont fréquemment réduites à une relation de cause à effet. Quels éléments scientifiques permettent de dépasser cette lecture ? Il est vrai que souvent, notamment médiatiquement, la question des rapports entre biodiversité et changement climatique est abordée via le constat de l’érosion accélérée de la biodiversité. Ce constat, bien réel, masque en fait des relations plus complexes. En effet, si les écosystèmes sont dépendants des conditions climatiques, ils exercent également une influence sur celles-ci tant à l’échelle globale (séquestration du carbone, cycle de l’eau…) qu’à l’échelle locale (régulation de la température par l’évapotranspiration par exemple). Et au-delà des changements climatiques, il convient également d’intégrer dans l’équation les activités humaines et leur influence à l’échelle locale qui, souvent négative, peut aussi être indispensable au maintien de certains écosystèmes. Quels types de leviers les collectivités peuvent-elles mobiliser pour intégrer la biodiversité dans leurs stratégies d'atténuation et d'adaptation au changement climatique ? Les collectivités ont un rôle important du fait de leurs actions sur le territoire et son aménagement. En premier lieu bien sûr par les documents d’urbanisme qui sont des outils qui permettent de protéger les écosystèmes encore préservés ou à restaurer. C’est bien l’ensemble des milieux naturels qui contribuent à l’atténuation de changements climatiques et de leurs effets. Elles agissent aussi parfois en tant qu’acteur direct par des actions de conservation et de restauration des milieux dont elles ont la charge. Bien évidemment les structures Gemapiennes ont un rôle majeur et ne doivent pas oublier la « Gema » (Gestion des milieux aquatique) de ces politiques. La sensibilisation et l’information sont également des leviers a actionner de même que la formation des élus et des agents. Chaque collectivité peut agir selon son champ de compétences et ses moyens. Quelles conditions permettraient de massifier ces démarches ? La massification passe par plusieurs conditions. Bien sûr l’engagement des élus et des services des collectivités est essentiel, rien de peut se faire sans des personnes impliquées. Ensuite, il faut des moyens mais aussi et peut-être surtout des échanges entre acteurs, de la diffusion de connaissances, de retours d’expérience. Des idées, des solutions, existent parfois juste à côté, parfois plus loin, et il est dommage de voir certains acteurs motivés être obligés de réinventer des solutions qui ont déjà été mises en œuvre avec succès ou au contraire qui se sont avérées inopérantes. L a participation à des journées techniques, des webinaires, des colloques (même si parfois le terme fait peur) est essentielle. Certes cela demande du temps mais à terme c’est un bon investissement ! Il faut aller voir ce que font les autres, mais aussi ne pas oublier de faire connaitre ses propres retours d’expériences ! Notre rôle de chercheurs est aussi de contribuer à cette diffusion notamment par la proposition de documents tel que celui sur les marais littoraux que nous avons récemment diffusés, ou celui plus global diffusé par l’Office français de la biodiversité (OFB). Sur le périmètre de l’Ouest breton, quels milieux concentrent les enjeux les plus significatifs, et quelles actions peuvent y être envisagées ? Tous ! Il ne faut pas oublier que tous les écosystèmes contribuent à l’équilibre écologique global et local. Ensuite, effectivement, certains vont présenter des enjeux significatifs pour l’atténuation des changements climatiques et de leur effet. Le rôle majeur des zones humides et du bocage sur le cycle de l’eau, la régulation des crues, la qualité de l’eau, est connu depuis ses décennies et pourtant les actions qui sont mises en œuvre pour les préserver et les restaurer (qui doivent être saluées) sont sans mesure avec les enjeux actuels et sont loin de compenser leur dégradation. D’autres milieux sont moins connus comme les marais salés littoraux qui présentent pourtant de enjeux majeurs en termes de protection du littoral, de biodiversité et de séquestration du carbone (avec des taux de 10 à 100 fois supérieurs aux forêts). Bien sûr les boisements naturels ou les tourbières présentent également des enjeux forts, mais aussi les dunes, les prairies ou encore les landes et les écosystèmes littoraux. Bref, c’est sur l’ensemble des écosystèmes qu’il faut agir, tout d’abord en les préservant mais aussi en les restaurant. Propos recueillis par Thierry Polard, chargé d'études environnement à l'Adeupa Pour aller plus loin : → La restauration des marais salés du littoral Manche-Atlantique, Sébastien Gallet et al., 2025 → Éléments de cadrage sur la restauration écologique et la restauration des écosystèmes, OFB, 2025 → Rever, Réseau d'échanges et de valorisation en écologie de la restauration ENVIRONNEMENT ET CADRE DE VIE ECOLOGIE ARTICLE INTERVIEW OUEST BRETON Type de document Article Auteur(s) POLARD Thierry GALLET, Sébastien Date de publication 2026/04 Collection Les articles de l'Adeupa Titre de périodique Observatoire de l'environnement Durée 4 min diffusion grand public